Les fondamentaux ?

Cet article m’a été inspiré par la lecture de celui d’André Giordan, « Des lacunes oubliées à l’école primaire ». Je tente ici d’apporter des réponses concrètes. Je m’expose donc aux plus vives critiques.
N’étant pas moi-même enseignant, je vais donner mon point de vue d’ancien élève, plutôt heureux et cependant perpétuellement insatisfait du système scolaire et universitaire français (mais je pense que les mêmes problèmes se présentent partout). Mes propositions concernent aussi bien le primaire que le secondaire.
La forte centralisation de l’Education nationale, celle-ci relayée par une architecture très reconnaissable (salles de classe, préau, cour, salle de sport, etc.) et ultranormée, cette unité de façade prétend offrir à tout citoyen sur le sol français un enseignement égal.
Or il n’en est rien.
Comme tous les jours l’expérience le prouve, ceux qui s’en sortent le mieux dans l’Education nationale ne sont pas toujours les mieux lotis dans le monde réel, tandis que l’inverse est aussi vrai. Est-ce une raison suffisante pour révolutionner tout un système ? Imposer par en haut de nouvelles règles ? Je pense évidemment que non. Ce n’est pas de nouvelles règles ni un retour aux fondamentaux qu’il faut, mais plus de diversité.
Une plus grande diversité des modes d’enseignement
Les enfants entrants dans l’école ont des manières très différentes d’appréhender le monde qui les entoure. Certains ont besoin d’un schéma, d’autres d’un texte, d’autres encore de toucher, manipuler, et ceci peut continuer jusqu’à l’âge adulte.
Jusqu’à maintenant, le texte et l’audition étaient les sens suprêmes de l’intelligence. Ceux qui ne comprenaient pas les choses de cette manière ont toujours eu un « train de retard ».
Jusqu’à maintenant, ces personnes ont été systématiquement dirigées vers l’enseignement technique, qui ne s’embarrasse pas de créer des citoyens éclairés. L’EN opère donc une sélection hiérarchique sur les élèves alors qu’elle devrait être qualitative.
Or parmi eux se cachent souvent de grands esprits, qu’il suffirait de stimuler autrement, par le faire et la démonstration, ou par une approche plus empirique.
Ces approches variées permettraient à différentes personnes de saisir les mêmes réalités complexes.
L’enseignement devrait donc être diversifié dans ses modes, mais aussi dans les matières.
Oui, la diversification doit aussi concerner les matières, contrairement à tout ce qu’on entend dans la bouche des politiques, qui veulent revenir aux « fondamentaux ».
Il suffit pourtant d’avoir été à l’école pour se rendre compte qu’en histoire on n’apprend pas seulement l’histoire, mais aussi à écrire, qu’en physique, on n’apprend pas seulement la physique mais aussi les maths, qu’en biologie on apprend aussi le dessin, qu’en français on apprend l’histoire, et qu’en sport on pourrait en apprendre sur la biologie.
C’est donc la diversité des disciplines qui permet à l’élève de se hisser à un certain niveau.
Plus celles-ci sont nombreuses, plus elles rendent possible à certains élèves de se rattraper, en envisageant les choses sous un autre point de vue (le théâtre ou la participation à un journal permettent de faire des progrès en français).
En outre, certaines disciplines me paraissent maintenant indispensables pour former de vrais citoyens. Il s’agit de :
- la sensibilisation à l’architecture et au mode de fabrication des villes dans l’histoire ;
- le décryptage des images télévisées, cinématographiques et autres ;
- les fondamentaux du droit.
Ces différents savoirs pourraient être répartis dans les cours, en fonction des compétences des professeurs et du projet pédagogique.
La réponse habituelle des enseignants (et on les comprend) est « mais où allons-nous caser tout ça, déjà que nos programmes sont surchargés ! »
Le programme est jusque-là une feuille de route assez rigide, qui impose un ordre bien précis. Le temps accordé par les enseignants à telle ou telle question est peu ou prou le même. Le programme n’est par ailleurs jamais fini !
Je propose que le programme ne soit plus un conducteur, mais une liste d’acquis, à transmettre dans l’ordre qu’on voudra et par qui l’on voudra.
Il serait en effet intéressant que les enseignants qui le souhaitent puissent former un véritable projet pédagogique, en collaboration étroite. Ainsi, les cours (au collège), pourraient opérer des croisements, être jumelés, comme cela se fait déjà dans certains établissements. Le système hebdomadaire routinier tel qu’il existe aujourd’hui mérite des aménagements. Certaines heures pourraient être dédiées à des matières variées selon l’époque de l’année.
Les contrôles ne seraient pas directement dépendants des disciplines, mais donneraient lieu à des appréciations sur plusieurs d’entre elles, comme c’est d’ailleurs le cas dans la vie active (ou inactive).
Tout cela pour aboutir à une redistribution des disciplines dans une optique organique. L’apprentissage du dessin se ferait réellement en biologie, de même que l’histoire serait l’occasion d’améliorer son expression en français, et de mettre en rapport l’histoire politique avec l’histoire de l’architecture, de la société, du travail, de l’art, etc.
Le décloisonnement des disciplines a toujours été mal vu de l’EN parce que trop difficile à contrôler. Or, à mon sens, ceux qui sont les véritables garants de l’exigence sont les enseignants, et il faut à un moment leur faire confiance pour donner une forme cohérente à un projet pédagogique, classique ou plus novateur, en un mot diversifié et permettant à l’élève de trouver sa place et au citoyen d’émerger.
ML
Article publié sur Agoravox
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