Très chère densité

Courant sur toutes les lèvres, et objet de fascination et d’étude de nombreux architectes, la densité semble entrer dans le langage architectural et urbain comme une réponse évidente à nos problèmes écologiques, sociaux et démographiques.

Moi-même il y a un an, je m’inquiétais de la recrudescence de l’idéal pavillonnaire et propriétaire (voir article « la maison à 100 000euros », sur Archicool.com).
Cependant, la question est-elle aussi simple? Suffit-il d’entasser une population entière à 5000 habitants aukm2 (Hong Kong), pour régler tous nos problèmes de mitage du territoire, de dépenses en réseaux, de pollution dûe aux transports?
A la réflexion je pense sincèrement que non. De nombreux paramètres sont oubliés dans cette simple équation.
Ce que croyons fustiger (la faible densité bâtie), est en fait un phénomène global, dans lequel des personnes habitant des ensembles épars dans un cadre « bucolique », prétendent néanmoins à un mode de vie de type urbain, avec ses loisirs à grande échelle (boîtes de nuit,cinémas, supermarchés), son alimentation fabriquée et acheminée, ses réseaux d’égouts, d’électricité, sa construction industrielle lourde.
C’est ce grand écart, et non la faible densité qui cause autant de dommages à notre territoire.
Une agence hollandaise (MVRDV, pour ne pas la citer, dont on peut conseiller l’excellent ouvrage « density ») a déjà évoqué un principe de peuplement (je me refuse à employer le terme d’urbanisation) « low tech »et indépendant des réseaux. Cependant, ne sort de cette analyse sommaire qu’une sorte de forêt colonisée sans routes ni chemins, traversée de véhicules 4*4, seuls à même de vous mener à bon port. Cette utopie ne dit pas qui les fabrique, et où sont la pompe à essence et le supermarché. Surtout, par sa dimension créatrice, elle oublie tout le pavillonnaire déjà construit, dont il faudra bien s’accomoder.
Peut-être est-il possible même souhaitable de conserver ce vieux rêve de retour à la nature, à condition de procéder à quelques adaptations, diversifiées en fonction des aspirations de chacun.
Voir une maison et ses occupants comme un dispositif consommant et produisant de l’énergie et des matières, constitue djà une avancée substantielle dans l’analyse.
Une maison consomme de l’énergie électrique, des denrées, des énergies fossiles, dont les quantités ou le coût social et environnemental sont liés à la distance de la maison par rapport aux sources d’approvisionnement.
Mais une maison produit aussi des matériaux (on dit à tort qu’elle les rejette),qui sont les excréments de leurs occupants, les déchets ménagers, les eaux grises.
Les banlieues pavillonnaires ont souvent le grand avantage d’être situées près des zones rurales. Or les « urbains » expatriés et les agriculteurs, aussi proches géographiquement qu’ils soient, ne rentrent en contact -économique ou social, pour ainsi dire jamais.
Il existe pourtant nombre de synergies et de complémentarités à exploiter entre ces deux mondes.
Ainsi, les boues (excréments) et les déchets organiques produits par les quartiers résidentiels, stockées dans des fosses individuelles (abandon du tout-à-l’égout) pourraient servir à fertiliser les cultures alentours ainsi que pour produire du méthane, qui peut remplacer le gaz de ville. L’eau grise peut être récupérée après filtrage dans des lagunes, pour l’arrosage.
A l’autre bout de la chaîne, le développement de marchés de produits locaux au sein même de ces quartiers peut contribuer à une baisse des besoins en transports.

Il y a quelques années, la généralisation d’internet comme moyen de communication laissait prévoir une expansion du télétravail dans le secteur tertiaire. On note au contraire une concentration du personnel dans des lieux toujours plus éloignés des villes. D’autre part, l’essor de la sous-traitance donne aux entreprises des formes de moins en moins identifiables.
De ce paradoxe, on peut pourtant tirer partie. La plus faible identification des salariés à leur entreprise devrait permettre de s’affranchir du lieu, tout en répondant à la nécessité d’un tissu social de lieu de travail.
Il faut donc imaginer des lieux de travail tertiaire proches du lieu de résidence,donnant accès à tous les services indispensables à une entreprise, et à ses employés (réseaux, restaurant, salons, salles de réunions), c’est en quelque sorte un hôtel industriel rural, où iront travailler des personnes qui ont en commun d’être voisins et non collègues.
Enfin, nos maisons disposent souvent de jardins d’agrément, fierté de leurs propriétaires. Ils s’en servent comme terrain de jeu, solarium, parfois y installent une piscine. Souvent, le jardin, faute de temps et de météo favorable, ne sert qu’à la vue, et c’est bien dommage.
Les habitants de ces maisons, ou par défaut d’initiative, ou pris dans un emploi du temps surchargé en temps de transports et de travail, se privent du bonheur et de l’économie de produire ses propres aromates, fruits et légumes.
Le type d’organisation décrit ici, par son caractère extensif, ne peut prendre place que dans un contexte peu dense.
Plus encore, par le lien social qu’induit cette organisation, la reprise en main de notre territoire par un meilleur ancrage dans celui-ci, la faible densité bien comprise, s’impose comme une réponse pertinente à notre crise.

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2 réflexions sur “Très chère densité

  1. Vous êtes intelligent et instruit.
    J'aime bien vos approches. elles donnent envie d'y réfléchir et de s'y investir.
    Mais, pour avancer dans ces démarches raisonnables, il faudrait des politiques également intelligents, informés et/ou ayant le sens de l'intérêt commun. Ce qui n'est pas souvent le cas.
    Avec ce que je viens de voir sur Alès (Gard), à l'occasion de la présentation du SCOT, « Pays Cévennes », on est trés loin du compte.
    Et si je vous parlais du Golf de ST Hilaire de Brethmas que les élus proches des hommes d'affaires veulent faire (plus de 200 ha de bonne terre artificialisée)alors là on verrait que c'est quasiment de l'utopie.
    Martial Delannoy Alès

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  2. Article trés intéressant qui fait avancer le débat et qui fait réflèchir. Mais trop de politiques sont timorés, pas assez instruits, corrompus ou tout ça à la fois.
    Martial Delannoy Alès (Gard)

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