La vaseline verte

Piazza della Signoria, Firenze, Italia. ©ML

Michel Holley, un inconnu qui a donné sa forme à 80% du Paris moderne que nous connaissons – avec notamment la dalle des Olympiades et le quartier du Front de Seine – , disait vendredi dernier (conférence au Pavillon de l’Arsenal, à l’occasion des Journées du Patrimoine), qu’il n’aimait pas les voitures, et qu’à tout prendre, il préférait les mettre dans des « égoûts à voitures ».

Moi non plus je n’aime pas les voitures et comme je n’en ai pas, je n’ai vraiment aucune raison de les aimer.
 Mais la voiture, on ne peut pourtant pas s’en passer…C’est ce qu’on dit en tout cas.
Alors quand on veut les ranger, on essaie de rendre ça présentable, on  « humanise » le tout avec un peu de choucroute et quelques arbres, qui évitent la brûlure au troisième degré aux amateurs de carrosseries sombres. Fort malheureusement, cette végétation prend beaucoup de place, et augmente d’autant la surface dudit parking (si le nombre de places est respecté !) au détriment d’espaces vraiment utiles.  En outre, du fait d’obstacles trop nombreux  pour permettre d’installer quoi que ce soit (marché, chapiteau, foire, spectacle, concert), cet aménagement n’offre aucune flexibilité d’usage.

Le problème se pose avec la même acuité dans d’autres lieux dédiés à la route : les zones d’activité. Vous pensiez fini le débordement intempestif de ces territoires monofonctionnels et sans piétons, sur la campagne ? Que nenni ! Nos communes continuent vaillamment leur mission de pourrir nos paysages de bretelles d’autoroute, d’entrepôts décorés, et de « délaissés » ou de « réserves foncières »  (pour une hypothétique extension de supermarché sans doute), rendus politiquement corrects à grands coups de verdure.
Non seulement cette verdure tient le rôle du curé chargé de bénir une union scabreuse entre le semi-remorque et la futaie, mais en plus elle est la plupart du temps inaccessible, inutile (on n’y cultive rien, tout au plus ces surfaces permettent de drainer une eau pluviale bourrée d’hydrocarbures), et concourt à augmenter les distances et la surface d’une zone d’activité.

Il est courant de dire que la verdure peut rendre plus sympathiques certains endroits.
Certains espaces publics (places et mails méridionaux) seraient en effet bien démunis sans leurs arbres. Pourtant, personne jusque là ne s’est plaint de l’absence de végétaux sur l’avenue de l’Opéra ou la place Vendôme à Paris. Que penser alors de la Piazza della Signoria, à Florence, dont la minéralité ne saurait s’accommoder d’une once de chlorophylle ?

Depuis la Renaissance où la nature avait une place bien précise (le plus souvent à l’extérieur de la ville), celle-ci a évolué d’une façon bien curieuse, passant de la nécessité (potager) à l’agrément (jardin classique, anglais, haussmanien), pour finir comme palliatif, correctif, remplissage.
Aujourd’hui, tout nouveau quartier excentré, toute nouvelle zone aux franges des villes, compte son lot d’espaces verts « de remplissage », de bandes végétales le long des voies d’accès , de jardins sur rue. Cet acharnement aux allures de repentir (« nous faisons déjà tant de mal à la nature »… »essayons de ne pas passer pour des bétonneurs »), est sans doute dû plutôt à l’image très positive auprès des élus de toute tache verte sur un rendu, qu’à la « générosité » du concepteur.

Mais cette verdure est surtout bien commode quand on veut jeter un voile sur la médiocrité et l’absence d’échelle de la composition de ces lieux, plus adaptés à la voiture qu’au piéton.

Etrange manière de concevoir l’espace urbain, alors même que nous sommes des millions à admirer les centre-ville anciens, à apprécier l’organisation et la densité des chais et des manufactures du 19ie siècle, intégrés à la ville, souvent exempts de végétaux mais si efficaces et durables dans leur conception.

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