Uglossie… L’orthographe, porte d’entrée de l’arbitraire ?

à Strasbourg ©ML
 Aujourd’hui, que ce soit sur les forums ou les commentaires d’articles, il est de bon ton de rabrouer un contradicteur sur le thème de ses lacunes en orthographe.
Les mêmes problèmes se présentent-ils dans d’autres langues ? Nous avons, avec le français, une particularité que nous partageons avec peu d’autres langues, les lettres muettes. Ainsi il est très difficile pour qui ne connaît pas les règles de de conjugaison ou de grammaire de mots phonétiquement identiques, d’avoir une idée de la manière de les écrire.
En revanche, en allemand, en anglais, en italien, en espagnol, en polonais, toutes les lettres écrites, à de rares exceptions, sont prononcées.
Nous Français, ne pouvons que profiter de temps à autre de la maigre obole d’une liaison pour deviner une terminaison.
Le fait de ne pas pouvoir déterminer l’orthographe d’un mot (d’où découlerait son sens dans une phrase)  nous empêche-t-il d’en comprendre oralement le sens ?
Non, car le contexte, l’ordre des mots, le champ lexical dans lequel il évolue, nous renseigneront !
Il faut cependant reconnaître que, même sans explorer le champ infini des conjugaisons et des accords, le Français est friand d’homophonies :
– sceau seau, sot, saut
– peau, pot
– corps, cor
De quoi sont victimes les dysorthographiques ? Ils entendent un mot, et voient un lien évident entre oral et écrit, car la logique le commande. Ils cherchent donc la manière la plus simple d’écrire un son. En cela ils font preuve d’esprit de logique. Perdus dans ces mille et unes manières de transcrire un phonème, ils finissent par en choisir une et s’y tiennent, ce qui donne les fautes du type « je vais regardé ». Parfois aussi, la peur de mal faire leur fait soupçonner une complication là où il n’y en a pas. C’est ainsi qu’on trouvera parfois « j’ai regarder », ou « j’aimerais fairent ».
Ce n’est donc pas faute d’esprit logique que les lacunes en orthographe s’installent, mais au contraire par refus de l’arbitraire.
Ainsi, dès notre prime jeunesse, nous, Français, héritiers d’une culture de la liberté, de l’exercice du raisonnement, de l’indépendance, nous sommes éduqués à suivre des règles qui n’obéissent à aucune logique tangible, résultat de scories accumulées au cours de siècles de mélanges et de triturations, héritées des traditions orales d’une France autrefois polyglotte.
Une aubaine pour les  étymologistes, historiens de la langue, et une catastrophe pour les autres !
En somme, dans notre écriture est inscrit l’abandon de la logique, au profit d’une sorte de double pensée, d’un arbitraire.
Comment, sur cette base, peut s’édifier un esprit véritablement critique ? Comment peut-on prétendre fabriquer de bons citoyens avec des méthodes d’enseignement inévitablement enracinées dans cet arbitraire ?
Alors, que faire ? Réduire le nombre de lettres de l’alphabet à une série de phonèmes uniques ?
On obtiendrait pour le son o, une seule transcription. Ainsi, sceau, sot, saut, seau, s’écriraient tous « so ». Le risque est d’introduire une confusion totale, alors que le texte se doit d’être limpide.
Dans ce cas pourquoi ne pas changer le son des mots, afin de parer à toute ambiguïté, tout en préservant un lien avec l’histoire ?
Ainsi, saut deviendrait salto, sceau deviendrait sigile (du latin sigillum ?), sot deviendrait stul ou stult (du latin stultus), ou disparaîtrait tout simplement du vocabulaire au profit de stupide (on remarquera la racine commune), qui serait utilisé comme nom commun.
Dans la conjugaison des mots, on risque de trouver de nombreux écueils. Par ailleurs, comment indiquer le pluriel d’un mot ? En ajoutant les suffixes latin « i » ou « ae » ? Pourquoi ne pas trouver un suffixe qui puisse s’adapter au mots quels qu’ils soient ? Un débat qui risque bien un jour de ressurgir, tant l’orthographe est considérée comme un critère discriminant dans les entreprises d’aujourd’hui.
Depuis l’école primaire, j’écris naturellement sans trop de fautes d’orthographe, peut-être tout simplement car j’ai retenu la forme globale de chaque mot une fois pour toutes. Un mot mal écrit me parait presque toujours « bancal ». Les règles qui régissent son écriture, je les ai oubliées depuis longtemps, pas les canons esthétiques qui en résultent. Ayant pris l’orthographe comme un jeu, comme tant d’autres « bon élèves », je m’en suis bien sorti. Encore faut-il avoir envie de jouer le jeu…
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