Voici venu le temps…de la lenteur !

Le lièvre et la tortue. source

Alors que la vitesse est souvent liée dans l’imaginaire collectif à l’efficacité, je voudrais montrer ici qu’il n’en est rien et que c’est même le contraire !

Il y a une approche philosophique de la lenteur, comme celle de Pierre Sansot dans son essai Du bon usage de la Lenteur, mais il y a aussi des raisons techniques à l’adoption de la lenteur.

Le coût déraisonnable de la vitesse


Commençons par une formule :

Ec = ½ m × v2

Ec : énergie cinétique
m : masse
v : vitesse

Vous roulez à 50 km/h, et vous souhaitez atteindre 100 km/h. L’énergie nécessaire pour passer de 50 à 100 km/h est 3 fois plus importante que celle qui vous a permis d’aller de 0 à 50km/h.
Pour vous maintenir à 100 km/h, le calcul est plus complexe et doit tenir compte de l’aérodynamisme, des frottements et de la mécanique, mais la consommation décrit assurément une courbe exponentielle.
Or avec toute cette dépense supplémentaire en énergie, vous n’aurez fait que réduire de moitié votre temps de trajet.

 

Des territoires destructurés 

Réduire le temps de trajet, vraiment ? En réalité, la vitesse vous permet de tolérer de plus grandes distances pour les trajets domicile-travail-commerces, dans un temps donné (entre 20 et 30 minutes, car au-delà une limite psychologique est atteinte). Ainsi, cela vous permet de vous installer plus loin des centres-villes, plus loin des commerces, qui par conséquent desservent une zone de chalandise plus importante, et grossissent.
Le résultat d’un tel « progrès » est que le maillage économique se distend et que les constructions s’étalent de plus en plus loin des centre-ville et centres-bourgs sur des terrains agricoles. L’aménagement, de maillé, dense et efficace, devient diffus et anti-économique. Parce que tous parcourent quotidiennement plus de kilomètres, et parce que la largeur des routes augmente en lien avec la vitesse, l’espace dédié au transport (autoroutes, routes) prend de plus en plus de place et coûte plus cher.

 

Comment la grande vitesse est en train de tuer le rail 

Le même raisonnement peut s’appliquer au chemin de fer. Le TGV Est, dont la vitesse commerciale est de 320 km/h au lieu de 300 sur les autres lignes, demande un entretien plus fréquent de ses lignes, du fait que la poussée latérale augmente formidablement dans les virages pour ces quelques 20 km/h gagnés.
 Or l’enjeu pour le TGV n’est pas tellement technique. Il s’agit avant tout de communiquer sur la vitesse. Les tronçons à grande vitesse permettent tout au plus de gagner d’ 1/4 sur les temps des trains grandes lignes d’antan.
Les vrais progrès du TGV sont la réduction du nombre d’arrêts et de leur durée (portes plus larges, voitures plus courtes), la suppression des passages à niveau, tronçons à vitesse réduite et arrêts en pleine voie par une meilleure organisation et une protection systématique des voies (grillages). Ces progrès sont peu coûteux au regard des travaux de fondations, de l’énergie et de l’entretien nécessaires pour atteindre ces seuils psychologiques de vitesse, si chers aux communicants SNCF.
Aujourd’hui la SNCF paie cette stratégie : et le TGV, qui voit ses marges réduites chaque année, risque d’un instant à l’autre la paralysie et l’impossibilité de renouveler le matériel.
Les territoires traversés par le TGV n’ont d’ailleurs pas fini de payer cette mutation du transport : ils sont devenus peu à peu des déserts où le bus a le plus souvent remplacé le train, faute de desserte suffisamment fine.

La lenteur, gage d’efficacité de nos territoires

C’est donc la lenteur qui nous permettrait de repeupler nos territoires ruraux, et de les rendre plus efficaces. Etonnant paradoxe, non ?
Quelques folles propositions :
– réduire de 30 km/h la plupart des vitesses sur routes et autoroutes : c’est justement ce que fait la Mairie de Paris sur le boulevard Périphérique.
– instaurer enfin le bridage de vitesse sur tous les véhicules : rendre impossible ce qui est interdit semble logique, n’est-ce pas ?
 – instaurer des trains grandes lignes s’arrêtant à toutes les gares, parallèlement au TGV.
 – rénover le transport ferroviaire : quelques propositions ici 
 – obliger les sites de transporteurs à indiquer systématiquement les temps de trajet à la marche et en vélo, avant leurs résultats. C’est par exemple le cas de l’application CityMapper !
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