Les BEPOS : peut mieux faire

Bureaux BEPOS à Chauray (79), HOBO Architectes source
Après l’annonce de notre ministre de l’Environnement que bientôt, tous les bâtiments neufs devraient être à « énergie positive », peut-être serait-il intéressant de se pencher sur ce qu’on entend par là.
En résumé, c’est un bâtiment qui, dans son fonctionnement, récolte plus d’énergie qu’il en consomme.
Ainsi, deux leviers peuvent être actionnés, en fonction des situations : 
  • La consommation
  • La récolte d’énergie (et non pas, comme on l’entend souvent, la production)
Pour évaluer la consommation future d’un bâtiment, l’on doit faire toute une somme de calculs basés sur des moyennes de consommation d’eau chaude, de chauffage, d’électricité, selon le niveau d’isolation, les apports solaires, le type d’équipement raccordé au réseau électrique.
En ce qui concerne la récolte d’énergie, selon les situations, l’on peut recourir à la géothermie (avec les risques que cela comporte), le solaire thermique, le solaire photovoltaïque, les micro-éoliennes, et toutes sortes de technologies originales telles que la récolte des vibrations du sol dans une discothèque, de la chaleur des occupants, de la biomasse des algues, etc.
L’initiative est louable, et n’est en fait pas une surprise car il est prévu que la RT2020 implique de telles performances. Cependant, plusieurs questions se posent face à une telle annonce.

Quels effets sur la consommation globale ?

En France sur un parc immobilier estimé à 31 Millions , il se construit environ 350 000 logements par an, soit environ 1% du parc complet (et nous ne parlons que du logement !). 
C’est à dire qu’en 10 ans de construction de logements neufs au même rythme, nous atteindrions péniblement 9% du parc complet en logements BEPOS en 2025-30. 
Pendant ce temps, la population n’aura pas vraiment freiné sa croissance et le parc de logements existants, si les efforts sont toujours aussi timides et brouillons en faveur de la rénovation énergétique des bâtiments, n’aura que faiblement progressé en performance. Bien qu’indispensable, l’effet de telles normes pour les logements neufs sera donc dérisoire, et sa publicité est disproportionnée par rapport aux effets qu’on peut en attendre.

Et l’énergie grise ?

Une donnée négligée dans toutes ces annonces pour des bâtiments plus sobres, est la consommation d’énergie pour la construction de ces bâtiments : l’énergie grise.
Selon le mode constructif, l’énergie grise peut correspondre à 30 à 100 ans de la consommation du bâtiment. C’est dire s’il est important de bien choisir ses matériaux et ses procédés ! Or y a-t-il un règlement prévu pour limiter cette consommation ? Pour l’instant je ne vois rien venir, et c’est sans doute lié à la position si spéciale de la France par rapport au béton armé, un des matériaux les plus énergivores et les moins faciles à recycler, employé pourtant dans 80 % au bas mot des constructions en France. 
En ne nous attaquant pas frontalement au mode de production du bâtiment, nous ne ferons aucun progrès notable dans la modération énergétique.

Dis-moi où est ton logement, je te dirai combien tu consommes

Enfin, intéressons-nous à l’urbanisme. Et si en fait toutes ces sueurs froides autour des consommations des bâtiments n’étaient que broutilles face aux enjeux majeurs du siècle : le transport et le foncier ?
Aujourd’hui, qui ne rêverait pas de voir construire sa bicoque écologique, pas trop loin de la ville et du centre commercial, mais nichée en pleine campagne, au contact de la nature ? Rien d’étonnant, avec la pléthore de magazines sur la construction écologique, dont les illustrations présentent systématiquement des maisons individuelles.
C’est là que le bât blesse, car vous aurez beau limiter au maximum les consommations, le fait d’avoir une voiture et de devoir l’utiliser journellement plombe le bilan, et rend vos consommations supérieures à celles de n’importe quel habitant de centre-ville. Or quel règlement mettra le hola à cette pavillonnite endémique qui touche la France depuis plus de 30 ans, grignotant progressivement nos ressources agricoles aussi bien par son emprise que par les travaux de voirie nécessaires pour faire circuler tout ce monde ? Pour l’instant rien à l’horizon.

Le bâtiment, une échelle de réflexion pertinente ?

En imposant par bâtiment des bilans uniformément positifs, on applique en fait la même logique que celle qui sévit dans des grandes entreprises à l’heure actuelle : chaque branche, indépendamment de ce qu’elle apporte aux autres en termes d’image, de qualité, etc, doit être rentable. C’est ainsi qu’on gère encore la SNCF (les petites lignes non rentables ferment), c’est aussi avec cette logique d’épicier têtu qu’on voit pour l’instant la modération énergétique des bâtiments.
Or il y a des situations contrastées. Certains bâtiments, très mal exposés, doivent être équipés d’une isolation disproportionnée et/ou de grands équipements de récolte d’énergie, pour parvenir au seuil critique, tandis que d’autres n’ont qu’à se pencher pour ramasser une récolte énergétique abondante. En raisonnant ainsi, nous risquons de chambouler la morphologie des villes, déjà bien perturbée par des décennies de doctrine moderniste (disparition de la rue), pour une stupide loi d’équité devant le soleil. Vous voyez revenir l’ère des barres orientées nord/sud, au mépris de toute considération sociale ?
Les solutions pratiques existent, on les appelle « smartgrids », réseaux intelligents. En mettant en commun les ressources et les besoins dans un même secteur, il est ainsi possible de répartir au mieux les efforts financiers et techniques, en évitant de tomber dans des aberrations telles qu’une sous ou sur-isolation, et/ou des factures énergétiques complètement déséquilibrées au sein d’un même ensemble. Mais pour cela, il faut laisser place à la collaboration, à l’échange, à la péréquation dans un système réglementaire pour l’instant très rigide.

Pourquoi et où consommer ?

Une simple anecdote sur un de mes projets récents. Nous travaillions avec un bureau d’études thermiques sur un hôtel, qui devait atteindre des performances de type RT2012. Selon le bilan il fallait 25 cm d’isolant sur la façade nord. Je fus intrigué, cette épaisseur étant considérable.
Puis je tombai sur un camembert montrant les proportions de chaque consommation : chauffage, eau chaude, électricité.
Et là ce fut la révélation ! Le BET s’était basé sur les consommations courantes en eau chaude des hôtels. Ainsi dans leur projection, celle-ci comptait pour 50% ! Or, alors que le BET nous conseillait d’augmenter l’épaisseur de l’isolant à des proportions dantesques, nous n’avions reçu aucun conseil sur comment modérer l’utilisation de l’eau chaude ! Et pourtant, les solutions existent : pomme de douche, baignoire à forme optimisée, récupération de chaleur des eaux grises, temporisation, information des usagers, etc.
Non seulement il y avait moyen d’agir sur les équipements, mais aussi sur les usages.
En ce qui concerne le chauffage et le refroidissement, il suffit d’observer les pratiques courantes dans les bureaux, pour constater que nous sommes loin du compte. Ainsi en cas de grosse chaleur, la seule chose qui persiste est le code vestimentaire (costume-cravate et chaussures noires), totalement inadapté à ce climat.
Il suffit que la température baisse un peu, et notre division du travail entre sédentaires et « manuels » montre ses failles. En dessous de 21°, il est tout à fait possible de travailler à un bureau, mais pas assis, pas des heures durant. Où sont les initiatives dans le sens d’une meilleure répartition du travail et des efforts physiques ?
Enfin, est-il besoin de chauffer toute un logement à la même température élevée, alors qu’on s’active en cuisine, que les lieux de sommeil, comme d’activité physique ont besoin de fraîcheur, que la salle de bains (chauffée) sert 2h par jour, et que le salon et sa télé aussi ?
Et si changer nos modes de vie, les rendre plus dynamiques, plus équilibrés, plus enrichissants, était le levier le plus puissant de la sobriété énergétique ? Et si on commençait à repenser nos bâtiments et notre manière de les utiliser, plutôt que de protéger jalousement un fonctionnement archaïque par une couche supplémentaire d’isolant ?
Il faudra bien que ça change.
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