Le BIM et la réalité de l’architecture

L’interface de REVIT (Autodesk) source
Une mutation très importante opère depuis 2 ou 3 ans dans le milieu de l’architecture : le BIM.
BIM vient de « Building Information Modeling », soit « Modeler l’Information du Bâtiment ».
Au lieu d’être comme une simple image, la maquette numérique version BIM contient donc une myriade d’informations sur ses matériaux, les prescriptions de montage, les détails d’exécutions, etc.
Le BIM, avant d’être une modélisation en trois dimensions, est un système d’organisation de l’information d’un bâtiment à construire ou à gérer.
Hier, je discutais avec un confrère de son expérience avec Revit, un des logiciels de BIM les plus prisés, avec l’ancêtre Archicad. J’ai eu la confirmation que les actuels logiciels ne répondent pas aux besoins des petites agences d’architecture, et des petits projets.

Des objets et matériaux hyperdéfinis…en standard et en béton.

Avec Revit, comme avec Archicad, le modèle se construit à base d’objets prédéterminés : murs, dalles, toiture, escalier, façade-rideau, forme « libre ». C’est la même chose avec les documents. Tout s’édite sans intervention de l’auteur, au risque de produire des documents parfaitement codifiés et précis, mais qui ne veulent rien dire car ils n’ont pas été pensés.
Le problème, avec ce principe, c’est qu’il n’y a qu’un corps de métier qu’il prétend satisfaire : les grosses entreprises de BTP, de préférence de béton, qui sont en bout de chaîne. Faciliter la synthèse des réseaux, le positionnement des structures, l’agencement intérieur, l’étude thermique. Des objectifs simples pour des bâtiments isolés, tramés, à plateaux carrés et à gaines verticales, de préférence en béton, car pour concevoir librement en bois, il faudra payer une option.
Si vous voulez construire un escalier qui soit non-standard (pensez à un hôtel particulier et ses marches galbées, ou à des marches suspendues), non seulement l’outil « escalier » ne vous le permettra pas, mais il n’y aura aucun moyen de faire reconnaître votre création comme escalier par le logiciel. Cela pose de gros problèmes de code graphique.

Plus d’incohérence, vraiment ?

Grâce au BIM, plus d’incohérences, tout se retrouverait au même endroit !
 
Seulement voilà, il y a des choses que le BIM ne peut pas inventer, c’est la discipline, la collaboration intelligente, la mémoire de projet. 
Quelle que soit la cohérence du logiciel, ses automatismes, ses alarmes, s’il n’y a personne pour imposer un rythme au projet, une rigueur qui tienne tête à la fièvre de publication et de modifications -rendues en apparence si faciles par ces nouveaux systèmes-, des bureaux d’études et/ou des architectes se retrouvent vite à faire deux ou trois fois le même travail, sous prétexte qu’il faut être réactif, alors qu’il aurait suffi d’attendre que le projet se stabilise, et respecter un minimum la chaîne des opérations.

Trop tôt ou trop tard pour le BIM ?

Mais il y a pire : que m’importe de savoir si mon mur pèsera 2 ou 5 tonnes quand je dessine une esquisse ? En quoi est-ce important de calculer des ferraillages d’un escalier dont je n’ai même pas encore décidé s’il serait en béton ou en bois ? Et si j’ai envie d’utiliser le dessin de ce « mur » pour un plancher ? Je ne peux même pas changer un mur en plancher ?
Et si mon bâtiment est fait de plans inclinés, ou comporte des décaissés ? Je veux faire un trou quelque part, dois-je pour cela préciser si c’est une trémie ou une fenêtre ? Mais que m’importe ! A chaque concept original, impossible de trouver la bonne démarche, celle qui coulerait de source. 
Lors de notre discussion, mon confrère me dit finalement ce qui cloche avec le BIM actuellement : 
« Impossible de faire une esquisse de concours là-dessus, car c’est trop déterminé, mais paradoxalement, l’outil est trop fruste pour aller jusqu’au DCE, on manque de souplesse pour les détails, les agencements. C’est plus pratique de dessiner ceux-ci en 2D. Donc on se demande quel est l’intérêt de dépenser tant d’énergie dans une modélisation BIM, alors qu’on a fait de la 2D auparavant, et qu’on sait qu’on ne pourra pas aller jusqu’au bout. »

Une logique finaliste, pour les majors du BTP

Cette logique qui confond outils et catalogue, richesse et normativité, ne tient pas devant les contraintes quotidiennes des « petits » architectes, obligés de composer avec des murs pas toujours droits, parfois avec un fruit (inclinaison), parfois garnis de niches ou d’arcs de décharge.
La pauvreté des outils de modélisation de ces logiciels, les détournements et tricheries nécessaires pour obtenir un résultat acceptable, l’ultra-précision de chaque élément industrialisé, l’ensemble de ces contraintes en fait un outil sans doute idéal pour concevoir des bureaux des années 80 ou un gratte-ciel climatisé, mais pas un immeuble dans tissu urbain dense et contraint, ou la restauration d’un monument historique. 
Il y a bien sûr des exemples qui contrediraient mon assertion, mais la perte de temps induite par la recherche de solutions de modélisation, et la constante lutte contre la tendance normative de l’ensemble du logiciel rend finalement la tâche moins rentable qu’un jeu de plans en 2D et ses pièces écrites.

Une ergonomie catastrophique

Ces critiques peuvent paraître bien dérisoires car elles portent sur des détails, mais derrière ce mode de pensée il y a un problème plus global de conception du rapport de l’être humain à la machine. Non seulement ces logiciels sont à l’âge de pierre en termes de qualité d’interaction avec leur utilisateur (fenêtres superposées, arborescences infinies, interface encombrante, etc), mais en plus, en se complexifiant pour répondre à toutes les attentes par de nouveaux outils, de nouvelles options, ils persistent dans cette vaine chimère.
Peut-être que l’organisation des logiciels, la captivité des utilisateurs et la nécessité pour les éditeurs de se faire une rente régulière, les dissuade d’innover réellement. Ils distillent par-ci par là de prétendues améliorations qui ne sont en fait que des corrections d’erreurs de conception manifestes ou des alourdissements sans cohérence.

Une opportunité à saisir

Avec 40% seulement des architectes équipés de logiciels BIM, et ceci depuis 3 ans, l’on voit bien que les actuels logiciels ne répondent pas aux besoins de tous.
Il y a donc un espace gigantesque à investir, il y a un outil à inventer, un outil qui ne prétend pas sans arrêt savoir ce que nous voulons faire de lui. Un atelier où il serait possible de modéliser l’ensemble d’un projet, et de l’informer par la suite avec les données qui nous intéressent, pas celles que le logiciel a prévues.
Des outils sémantiques par leur capacité à réaliser des opérations complexes de manière toujours réversible et hiérarchisée, sans nous enquiquiner avec la nature informatique de l’objet concerné : est-ce un NURBS, un objet surfacique, volumique, un trait ? Que m’importe ? Je veux le décaler de 10 unités, et pouvoir changer ce décalage par la suite !
Voilà l’outil dont les architectes, ceux qui sont et seront toujours des artisans, ont besoin. Un outil qui ne prétend pas remplacer leur savoir-faire et leur vigilance, mais leur donner la liberté de conception, d’organisation et de communication nécessaire pour aller au bout de leurs projets.
Pourquoi ne pas l’inventer nous-mêmes ?
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