Densifier Paris, une fausse bonne idée ?

indesgfgeefx
Tiré de « Déplacements dans les villes européennes », APUR, 2004

Paradoxe : les projets labellisés écoquartier qui poussent dans toute la France ont très souvent une densité de lotissement pavillonnaire, alors qu’à l’autre bout du spectre, les élus de la ville la plus dense d’Europe sont presque unanimes pour imposer à la ville un traitement de choc : la densification par surélévation des immeubles bas.

La justification ?

Il n’y a pas assez de logements à Paris. C’est l’antienne qui retentit aussi bien à gauche qu’à droite du conseil de Paris.

Logiquement, on se dit que s’il n’y a pas assez de logements, c’est que trop de monde veut habiter dans la partie qui est déjà la plus dense de la ville. Donc il y a trop de gens. Déplacer les logements est un sport difficile, mais déménager, tout le monde l’a fait une fois dans sa vie. Encore faut-il y trouver quelque intérêt.

En fait, comme je tente de l’expliquer dans d’autres articles, ces 50 dernières années, tout a été fait pour attirer le plus de monde possible à Paris. Toutes les lignes de TGV se rejoignent à Paris. Toutes les grandes autoroutes aussi. Les plus grands aéroports sont à Paris. La grande Bibliothèque, le Louvre, les plus grandes facultés, les plus grands orchestres. Comment voulez-vous que cet effet « boule de neige » cesse si l’on continue de l’alimenter ?

C’est alors que quelques grands esprits ont sorti l’arme fatale : la délocalisation des grands pôles. Mais comme leur rayon de réflexion et d’action est un peu mesquin, ils font de la petite déconcentration. Ils placent des universités en grande banlieue parisienne, des musées à 1h de TGV de Paris, et, dernière en date, les réserves du musée du Louvre dans un village mal desservi.

Voilà qui facilitera le travail des conservateurs, et qui évidemment ne nécessitera aucune dépense d’infrastructure, et n’occasionnera pas non plus de pertes et de dégradations dans le transport incessant des oeuvres de Paris à Liévin, en banlieue de Lens ! Le bilan global de l’opération sera sans doute déficitaire, mais comme ce qui compte pour les décideurs, c’est leur ligne budgétaire, cela ne dérangera personne.

Le but est-il de faire de Lens une nouvelle capitale de la culture ? But louable après la chute de l’industrie dans la région. Mais on ne s’y serait pas mieux pris pour dissuader les chercheurs.

Lens ne délestera donc pas Paris de ses milliers d’étudiants, chercheurs, érudits, férus d’histoire. Tous ces gens continueront à chercher désespérément un logement dans une aire urbaine déjà trop étalée pour être efficace, et à peser sur les besoins en transports de la collectivité.

Il eut été intéressant de monter une véritable politique des musées nationaux, en détachant du Louvre une de ses grandes collections : les antiquités égyptiennes, la peinture flamande, pour l’installer dans un musée national dédié, dans une ville suffisamment grande et riche pour attirer les visiteurs : Bordeaux, Lille, Lyon, Nantes, Toulouse, Marseille, etc.

Une de ces villes serait devenue la Mecque de la peinture flamande, des collections d’art oriental, de l’Egypte, etc. Et la pression immobilière se serait un peu transferée de Paris à ces villes.

Au lieu de cela, chaque musée étant maintenant un EPIC, il ne se préoccupe que de sa propre rentabilité, au détriment d’une stratégie.

La ville de Paris payant le prix d’absence de politique territoriale cohérente, se retrouve à devoir bricoler, mettant en péril ce qui fait son charme.

Paris, ce n’est pas que Haussmann. Ce sont, dans presque tous les arrondissements, de petits immeubles du 17e, du 18e siècle. De charmantes maisons avec jardin, nichées entre deux immeubles de rapport. Ce sont ces petites respirations, que ceux qui visitent Paris quelques jours n’ont peut-être pas le temps de voir, qui réchauffent le coeur des parisiens flâneurs, et permettent à certains logements de recevoir quelques heures de lumière en plus, une vue unique.

Ces immeubles bas, témoins d’un Paris passé, sont la condition de l’existence des autres immeubles plus hauts. Ils permettent à Paris d’être vivable. Par leurs terrasses, leurs jardins, ils offrent souvent une verdure moins domestiquée, plus riche que celle de nos pauvres squares.

Surélever les petits immeubles parisiens est donc une double erreur. C’est répondre à une question mal posée, par une fausse solution.

Il y a par contre, en dehors de Paris, quantité de projets de nouveaux quartiers qui pâtissent de la pusillanimité des élus, des riverains, des  concepteurs. Des projets qui n’ont d’urbain que le titre, tant ils sont étalés, monofonctionnels, déracinés.

Ils élisent domicile dans les franges des villes et des villages, refusant la responsabilité qui devrait être la leur : former une véritable extension urbaine. C’est la marque d’un urbanisme qui n’a plus besoin d’être contenu dans une enceinte, mais aussi d’une dépendance maladive à la voiture. Si les vieux villages attirent autant de visiteurs que d’acheteurs, c’est parce qu’ils concentrent un certain nombre de qualités : densité, mixité de fonctions dont l’artisanat, « marchabilité », qualité des matières et des vues. Il est temps peut-être d’en assumer l’héritage avec panache, non ?

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