Philharmonie de Paris : symbole d’une crise des valeurs ?

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Quelques clichés extérieurs témoignent de l’état de « ni fait, ni à faire » du chantier de la Philharmonie de Paris, dont Jean Nouvel rejette la paternité, à cause de « 26 non-conformités avec le dessin initial ».

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Au-delà du dessin, qu’on pourra trouver futile et hors-sujet, au-delà de l’inachèvement (01) ce bâtiment souffre de nombreuses malfaçons : joints fissurés (03), éléments de plafond déformés(05), habillages imprécis (02), relevés d’étanchéité et isolants visibles (04-05), éclairage bricolé avec les moyens du bord, etc.

D’autres sources m’ont fait état, à l’intérieur, de degrés abrupts et glissants, ayant causé la chute de plusieurs personnes dans les tribunes, tandis que les largeurs de passage pour accéder à certains sièges n’excèdent pas 50 cm.

Ces problèmes sont graves, et pourtant, ce sont surtout les « dérapages » budgétaires des grands projets qui font la une des journaux spécialisés, et scandalisent le contribuable. Car la mode est aux restrictions budgétaires, surtout en ce qui concerne l’Etat et les collectivités. Les actionnaires des grands groupes, eux, ne semblent pas concernés par ce serrage de ceinture.

Mais revenons à nos marottes :

Dans le secteur du bâtiment, la « rigueur » a-t-elle un sens d’un point de vue économique ? La part de main d’oeuvre oscille entre 43 et 58% des charges des entreprises de BTP. C’est à dire que, si les matériaux utilisés sont fabriqués en France (et que les contrats de travail sont légaux), les retombées économiques sont positives pour les collectivités et l’Etat, par les rentrées fiscales qui résultent de l’activité, et le plus faible recours aux allocations chômage. Le seul secteur qui égale (ou même dépasse) celui du bâtiment en termes de retombées est la culture.

D’un point de vue éthique, la posture rigide du « respect des budgets » envers et contre tout, et celle de la déréglementation, sont-elles légitimes, quand il en va de la sécurité des usagers ?
Préfère-t-on que ce soient les écroulements de bâtiments, comme pour les tremblements de terre en Turquie, les usines effondrées au Bangladesh, les immeubles renversés en Chine, qui fassent les unes des journaux, plutôt que les dérapages budgétaires ?

Enfin, cette posture n’est-elle pas tout simplement ridicule quand on sait que les budgets sont systématiquement sous-évalués en phase concours, tandis que les attentes en termes de tape-à-l’oeil des élus et décideurs ne semblent pas avoir de limites ?

A ce stade de l’opération, le seul choix moralement acceptable était de continuer le chantier, vaille que vaille, avec la meilleure qualité d’exécution possible. Même sur la base d’un mauvais projet.

Au lieu d’une attitude responsable, les financeurs (Région, Ville de Paris, Etat), se sont renvoyé la balle. Dans les années à venir, la collectivité en paiera durement le prix par des rénovations incessantes, des ajustements hasardeux, et, le risque d’accidents graves comme celui du Terminal 2E à Roissy, ou comme cela aurait pu être le cas au Parlement Européen de Strasbourg.

Qu’est-ce qui est plus important ? Eviter la chute d’une toiture ou respecter un budget ?

Une image clinquante pour être réélu, ou un équipement solide, utile et évolutif pour plusieurs siècles ?

Voilà les questions que doivent se poser les élus et jurys de concours à venir. Il est grand temps qu’après les ratés plus ou moins graves des grands projets de ces 30 dernières années, alimentés notamment par l’effet « Bilbao » si recherché et jamais reproduit, le bâtiment soit de nouveau traité de manière digne, en premier lieu par ses commanditaires.

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