Vends château neuf toutes options, jamais servi.

La salle des Preuses, plus grande salle du Château de Pierrefonds. crédits : ML

C’est un étrange sentiment qui vous étreint, après être passé par des salles au décor plus ou moins chargé, ceintes de murailles faites pour tenir un siège (jusqu’à 4,5 mètre d’épaisseur).

Comme si ces décorations, ces pièces, ces dénominations (chaque tour porte le nom d’un « preux »), ces arcades, ces vestibules, ces nervures, ces gargouilles, étaient désincarnées. Vides de sens.
Elles procèdent d’un seul élan, celui d’un homme, d’une seule passion, celle d’un Moyen-âge fantasmé, brutal accouplement entre le roman du Chevalier de la Charrette et les rêves de l’Abbé Suger. Cette passion éteinte avec l’homme, il ne reste rien d’autre que des emprunts au parfum morbide, raides comme un cadavre.
Qui aurait pu utiliser ces lieux, afin que chacun de ses traits eût pu trouver sa signification ? Les gens du XIIIe siècle ? Où mettre les tapisseries ? Où abriter les chevaux, faire picorer les poules, cuisiner, donner des fêtes ? Trop grands ces espaces, incongrument articulés, tous indistinctement raffinés.
Du XVIe ? Mais où sont, comme à Blois, les chambres de dimensions raisonnables, les lits fermés, les lieux de contemplation du paysage ? Tout est à la fois immense et introverti, assombri parce qu’éclairé uniquement par la cour. 
Et qui, au XIXe siècle, où fleurissent les maisons de plaisance et les casinos (un casino, premier projet de Garnier avant l’Opéra), voudrait s’enterrer dans une sombre forteresse ?
Pierrefonds est une absurdité architecturale et archéologique. Ni reconstitution fidèle, ni résidence habitable, écartelé par ses ambitions multiples et contradictoires, il reste un monument incontournable pour nous montrer que personne, encore moins les plus doués, les plus passionnés, n’est à l’abri de ce piège.
Ainsi apprenons-nous en creux ce qui nous émeut tant lorsque nous visitons certains lieux comme une abbaye, une vieille ferme, les ruines de thermes romains, une bibliothèque d’époque baroque, une école coranique du XVIe siècle ou une maison de Frank Lloyd Wright. C’est, à l’origine de toute configuration, de tout choix ornemental, la présence constante de nécessités : sociales, symboliques, utilitaires. 
C’est dire l’importance du programme et de la commande dans tout projet architectural.
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