Le BIM pour les architectes : c’est parti !

Il y a quelques mois déjà, j’avais déploré les nombreux défauts des logiciels de conception architecturale proposés actuellement par les grands éditeurs : trop déterminants, pas adaptés aux petits projets ou au patrimoine, peu ergonomiques, trop rigides, et, enfin, trop aliénants.

La politique des éditeurs est maintenant de proposer des produits incompatibles avec les versions précédentes, ce qui oblige à renouveler en même temps toutes les licences d’un bureau, sans être sûr de pouvoir communiquer avec ceux qui ont des versions anciennes !

Il se trouve que 60% des architectes interrogés dans une étude conjointe de la CAPEB et du CNOA (PDF), pour diverses raisons, n’envisagent pas de passer au BIM dans les prochaines années. Les défauts énoncés plus haut pèsent sans doute lourd au moment du choix.

Mais il y a pire : ces logiciels sont porteurs d’une certaine vision de la construction et de l’architecture propre aux majors du BTP : le standard et la répétition (et leur rigidité) dominent les processus, même là où cela n’a aucun intérêt : les petits projets, le bâti ancien. Exemple : dans Revit, il faut créer une « famille », dans un espace de travail isolé du reste du modèle, pour une fenêtre complexe qui ne servira peut-être qu’une fois ! De même, les escaliers sont prisonniers d’une logique sémantique têtue, directement issue des normes : barreaudages, lisses, panneaux, etc.

Ainsi, par leur servitude volontaire, continuant ce qu’avaient déjà entamé les architectes de la reconstruction d’après-guerre, qui vit triompher le béton armé, les architectes d’aujourd’hui qui adhèrent au BIM tel que prévu par le BTP, travaillent méthodiquement à saper leur propre légitimité.

En résumé, les éditeurs veulent faire croire aux architectes qu’ils sont largués, alors qu’ils travaillent justement à préserver un modèle dépassé, celui d’une industrie de la construction standard, dans un monde plus complexe. L’avenir de l’architecture est dans l’adaptation, la réhabilitation, le non-standard, l’artisanat savant, assisté d’outils numériques amis, pas coercitifs.

ll est donc temps que les architectes aient accès à un outil qui respecte ses usagers, leur flux de travail, leur organisation, un outil de liberté :

  • Non-déterminant : c’est vous qui dites, au moment opportun, si cet objet est une dalle, un mur, un escalier, ou aucun des trois, dans ou hors des catalogues IFC. Cela veut dire aussi que tous les outils et objets s’appliquent à tout type d’objet, sans restriction d’orientation. C’est une autre vision, générative et libre, de la modélisation architecturale.
  • Solide et non-destructif : au contraire de Sketchup, qui impose constamment des triangulations et rend difficiles les modifications, notre logiciel sera basé sur un moteur 3D solide, où il sera possible de retravailler/supprimer les modifications apportées aux formes : congés, liaisons, soustractions, etc.
  • Définition libre d’unités et cohabitation d’unités dans un même espace : vous voulez faire votre projet en mètres, mais le bâtiment dans lequel il s’inscrit était en brasse florentine ? Définissez vos unités de travail à la volée, et choisissez ce qui apparaît dans chaque cote.
  • Programmation visuelle (à la manière de MAX-MSP , Blender ou Grasshopper) pour modéliser et pour présenter des données incluses dans le modèle, ou obtenir un rendu graphique spécifique,
  • Modélisation en 5D.  La 5D ne vous dit rien ? Et pourtant, lorsque vous proposez différents scénarios pour un phasage, vous en faites ! Mais la 5D (soit une ligne de temps et toutes ses variantes) permettrait aussi de créer des animations, générer des formes, analyser des flux, gérer le cycle de vie du bâtiment et des matériaux.
  • Liberté totale d’arrangement des outils, vues, objets, dans une interface flexible qui s’adapte à votre flux de travail. Ici difficile de préciser plus avant, des concepts ne sont pas encore protégés.
  • Liberté d’affichage en travail et en rendu : axonométrie coupée, coupe perspective, plan en axo ou isométrie, caméra fish-eye, 3D, etc. Des possibilités proches de celles de BOA 
  • Liberté et facilité du positionnement du plan de travail, des repères topographiques, des niveaux. Coexistences d’autant de référents qu’on voudra.
  • Interaction rapide à un seul clic, avec une limitation des mouvements de souris nécessaires, possibilités « glisser-déposer » généralisées, y compris avec le système d’exploitation hôte. Possibilités de travail en VR (réalité virtuelle) et en AR (réalité augmentée)
  • Code accessible, pour permettre à un bureau d’architecture de forger ses propres outils et de les partager.
  • Charte « code propre et simple » : nos vieilles machines doivent pouvoir faire tourner le logiciel. il doit être possible de désactiver des options gourmandes en CPU/carte graphique (adaptation en temps réel, affichage, etc).

Certains concepts touchant à l’interface et à la modélisation ne sont pas décrits ici, car ils ne sont pas encore protégés.

Alors quel est le programme ?

1- Rassembler les compétences – trouver une forme et une sécurité juridiques (propriété industrielle)

2- mettre au point les concepts et l’ossature du logiciel

3- appeler des fonds, soit par souscription (crowdfunding), soit par investissement classique.

4- concevoir dans le détail et développer

Quel est le calendrier ?

Je nous donne 3 mois pour réunir tout ce que la France (et le reste du monde) compte de talents en informatique, droit du logiciel, designers, architectes experts BIM. C’est ambitieux, mais il faut aller vite, d’ici deux ans, nous devons être en possession d’un outil complet !

Open-source ou propriétaire ?

En ce qui concerne la forme juridique du logiciel, le choix n’est pas tranché entre open-source, propriétaire, ou un mélange des deux (licence LGPL). Il faut constater qu’aucun logiciel libre n’a jusque-là proposé une véritable innovation (hormis Blender et Firefox peut-être), ni un modèle économique viable, et que les interfaces sont généralement pauvres et peu pratiques. Financièrement, la plupart reposent sur des fondations elles-mêmes pilotées par des grands groupes, et/ou sur la générosité aléatoire d’informaticiens et d’usagers.

Tout travail mérite salaire, n’est-ce pas ? Il faut donc trouver un modèle qui soit à la fois non-aliénant et rémunérant pour ceux qui y participeront activement.

Vous êtes UI designer, développeu(se)r, spécialiste en droit du logiciel ? 

Vous voulez être partie prenante dans la révolution du logiciel de conception architecturale ?

Vous voulez marquer votre intérêt, faire des propositions, être mis au courant du développement du projet ?

Suivez-moi sur twitter et entamons le dialogue :

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