Typo en mouvement, au Lieu du Design

Logorama, Atelier H5 et Etienne de Crécy, 2009

Depuis le déménagement du Lieu du Design, du Faubourg Saint-Antoine, quartier des ébénistes, vers les entrepôts EMGP de la Villette, à moins d’habiter le quartier, il faut vraiment vouloir y aller…ou avoir reçu une invitation au vernissage d’une exposition.

Il nous gratifie parfois d’expositions intéressantes, comme celle sur les recherches de l’ENSCI-Les Ateliers en 2013, qui montrent que le design est une discipline aussi bien sociale qu’artistique, mais globalement, il touche assez peu aux dimensions économiques, ergonomiques, industrielles, du design. Dans un pays qui a perdu 9/10 de ses usines en 50 ans, peut-on encore faire du design d’autre chose que de chaises, de vases et de coupes à fruits ?

Aujourd’hui, la valeur ajoutée la plus importante est dans nos téléphones, nos vêtements, nos meubles, nos couverts, nos véhicules. Or, ces objets sont quasiment tous conçus et fabriqués hors d’Europe, avec un contrôle très aléatoire de la qualité et des conditions de vie des personnes qui les fabriquent. L’Europe a gardé l’industrie du luxe et du sur-mesure.

Pourtant, un mouvement est en train d’émerger : une reprise en main du cycle de vie par le design. C’est ce que propose Fairphone, une entreprise néerlandaise qui propose un ordiphone démontable, réparable, améliorable, pour un prix légèrement inférieur à celui d’un Iphone. Le design, c’est la forme, mais la forme qui rend des choses possibles, qui influe sur le comportement de l’utilisateur et produit un écosystème.

Revenons à nos moutons. « Typo en mouvement », donc. Un passionnant sujet qui doit tout à la création du cinéma, voilà une centaine d’années. C’est donc une exposition de vidéos. On peut se demander si l’exposition est vraiment le format approprié pour les montrer.

N’avez-vous jamais ressenti une grande frustration à devoir mettre un casque, devant un écran trop haut quand on est assis, trop bas quand on est debout, diffusant une ou plusieurs vidéos en boucle ? A l’heure de la vidéo en ligne, le procédé est anachronique.

Nous sommes passés à l’ère de la maîtrise totale du temps par l’usager, et il n’y a plus de différence aujourd’hui entre un livre, qu’on peut lire à son rythme, prendre et reposer quand bon nous semble, dans lequel on peut prendre des notes, mettre des signets, et une vidéo ou un son. La seule exception est le cinéma, qui propose sociabilité diffuse et captivité consentante dans un rituel bien ancré.

Mettons que la vidéo a sa place dans une exposition, comment peut-on justifier le mode de classement choisi ?

Ainsi, on trouve séparément, les vidéoclips, les titres de longs métrages, les courts métrages, les publicités, les créations expérimentales. C’est à la fois très rationnel et sans intérêt. Un clip qui met en scène du texte pour représenter une ville, se trouve à l’autre bout de la salle, par rapport à un court métrage qui utilise les logos des marques pour faire de même. Un générique de film exploitant le texte intégré au décor, est séparé d’un clip qui montre la même technique à l’oeuvre. Une expérience low-tech, parce qu’elle est un clip, se retrouve aussi à distance d’une autre, parce qu’elle est une vidéo expérimentale.

C’est un peu comme regrouper les oeuvres d’un musée, non en fonction de la perspective historique et artistique, mais en fonction des donateurs. On en trouve quelques exemples au Louvre, du plus mauvais effet (malheureusement les testaments des donateurs interdisent souvent la dispersion des oeuvres).

« Cette exposition n’a pas pour but de retracer l’histoire de la typo en mouvement », l’affirme son commissaire, Andres Janser, du Museum Für Gestaltung de Zurich. Et pourtant, elle est émaillée de nombreux exemples, dont les titres de Saul Bass pour les films d’Alfred Hitchcock, ou un extrait du film sur Bob Dylan.

En tolérant quelques incartades au « contemporain » par des références historiques, cette exposition ne semble pas savoir sur quel pied danser. Pourquoi l’histoire est-elle trop souvent opposée au présent ? Comment expliquer le présent sans décrire le cheminement qui y mène ?

Il aurait été au contraire intéressant de tisser la trame qui mène du carton du cinéma muet à la low-tech d’aujourd’hui, en passant par les images de synthèse. Tout, notamment les oeuvres d’aujourd’hui, aurait gagné en profondeur.

L’autre dimension quasi inexplorée est celle de la technique. La typographie a connu diverses règles et principes. En mouvement, elle appelle d’autres questions : Comment occuper l’espace de l’écran ? Comment gérer l’échelle de l’ensemble ? Comment travaille-t-on la couleur, le mouvement, d’un point de vue technique ? Qu’est ce qui fait qu’on reconnaît des caractères, là où on ne devrait voir que des objets ?

Critiquer une exposition de vidéos n’a peut-être pas grand sens, étant donné que le problème est dans le dispositif même. La vidéo s’apprécie partout, sauf dans une exposition. La typographie en mouvement peut faire l’objet d’un très bon documentaire.

Reste un choix d’oeuvres qui, passés outre les problèmes fondamentaux évoqués plus haut, permettra à certains de faire des découvertes, et de les prolonger chez soi.

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