Vous voulez de la compétitivité ? Investissez dans le train !

Quand un gouvernement s’occupe de rendre la France plus « compétitive », il bouge généralement deux curseurs : les salaires (à la baisse, ou maintenus au moyen d’aides) et le temps de travail (à la hausse).

Or il est un domaine où jamais rien ne change vraiment : l’immobilier. Quand on compare la situation de la France à celle de l’Allemagne, ce n’est pas le « coût » du travail qui choque, mais celui de l’immobilier. Impossible dans ces conditions de mettre sur un même plan un salaire allemand et un salaire français.

Alors, en France, pour réagir contre l’inflation immobilière, on a trouvé un outil formidable : le blocage des loyers. C’est tout simplement casser le thermomètre, au lieu de traiter les causes, qui ont trait à l’organisation de notre territoire et plus précisément des transports.

C’est parce que ses transports sont centralisés et sous-dotés que la France évolue de plus en plus vers un unique bassin d’emplois : l’Île-de-France. Combien de fois n’ai-je entendu dire « je vais à Paris parce que chez moi, ce n’est même pas la peine de trouver du boulot dans mon secteur (au choix : informatique, biochimie, physique, gestion, etc). ». Résultat : une pression immobilière ingérable, des propriétaires bailleurs qui n’entretiennent pas leurs biens, des pratiques déloyales et de plus en plus d’employés…qui dorment dans leur voiture ! Mais bon, l’Île-de-France se porte comme un charme, et une métropole est la forme idéale d’organisation humaine, surtout quand on s’apprête à passer le cap des 10 milliards sur terre, n’est-ce pas ?

Pas si simple. Quand un bassin d’emploi s’étend, les trajets domicile-travail s’allongent, et les besoins en transports augmentent d’autant. La région devient moins efficace car trop étalée.

Parallèlement, les autres régions voient la fréquentation des transports en commun chuter, en dessous du seuil de rentabilité. Résultat : fermeture de lignes, suppression d’horaires. Qui voudra s’installer là ? Encore moins de gens ! Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation aberrante où il faudrait 500 000 créations de logements par an, alors même que 2,4 millions de logements sont inoccupés car pas situés en île-de-France.

Et c’est ainsi qu’on fabrique de la baisse de compétitivité : en gâchant du terrain, des talents, des infrastructures. Pendant ce temps, en Allemagne, plusieurs bassins d’emploi de taille comparable permettent de garder l’immobilier dans des limites raisonnables.

Si la ministre du travail me lit, elle serait donc bien avisée de solliciter son collègue aux transports, pour qu’enfin l’Etat consacre des budgets pour le train là où c’est nécessaire : entre les villes moyennes, dans nos campagnes, pas depuis et vers Paris. C’est comme ça qu’on étale la pression immobilière, qu’on revitalise des territoires, et qu’on sort par le haut de la crise.

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2 réflexions sur “Vous voulez de la compétitivité ? Investissez dans le train !

  1. Le train ou… l’autocar.

    En France, dès qu’on parle de « transport en commun », on pense « transport ferroviaire ».

    L’exemple de Madrid, qui n’a pas les moyens de se lancer dans la création d’un RER, est intéressant:
    http://www.terraeco.net/Fractures-francaises-vote-barbecue,50427.html

    De toute façon, les Trente glorieuses sont loin derrière nous et nous n’avons plus les moyens de reconstruire le réseau ferré que nous avions. En revanche, nous avons encore un réseau routier en fonctionnement. Autant l’utiliser au maximum de ses capacités.

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    1. Merci pour vos liens et votre lecture attentive, toutefois, je ne souscris pas à l’analyse selon laquelle nous n’aurions « plus les moyens ». Actuellement, toutes les régions investissent massivement pour créer des 4 voies, refaire des routes, couvrir des autoroutes passant en milieu urbain. Si tout cet argent était utilisé pour remettre en état des lignes de chemin de fer, non seulement la sécurité sur les routes serait améliorée (moins de trafic), mais en plus, nous pourrions réellement désenclaver des régions entières.
      En ce qui concerne l’autocar, le remplacement d’une ligne de train par une ligne d’autocar aboutit invariablement à la même chose : près de la moitié des anciens usagers se rabattent non sur l’autocar, mais sur la voiture. Beau progrès en effet !

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